• Benjamin Le Maitre

Investissement et photographie contemporaine : entretien avec Thierry Marlat

Mis à jour : mai 3

Thierry Marlat est un partenaire Avant-Garde Investment spécialisé dans la photographie contemporaine, il représente les plus grands artistes de cette discipline : Irving Penn, Helmut Newton, Bill Henson, Gilles Caron, Lee Friedlander, Walker Evans etc. Marchand pour de grands collectionneurs privés, Thierry Marlat travaille également étroitement avec les musées, les institutions privées, ainsi qu'avec les grandes maisons de vente aux enchères.


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Est-il possible de présenter votre parcours ?


Je suis marchand d’art depuis 1990, galeriste depuis 1993. Avant cela, j’étais agent d’artistes photographes pour les grands magazines de mode, les agences de publicité et les grands labels de musique. Ce sont mes grands artistes photographes (Guy Bourdin, Art Kane, Richard Avedon…) qui m’ont amené à travailler sur la photographie d’art et sur son marché. En 1990, le marché de la photographie d’art contemporaine ne parvient pas à se légitimer à cause de sa nouveauté et de l’édition multiple. À cette époque, les collectionneurs recherchaient des garanties et se tournaient uniquement vers la photographie du 19ᵉ pensant que sa rareté et son unicité garantissaient sa fiabilité sur le marché.


Je suis devenu marchand d’art le jour où j’ai acheté mes premières pièces chez Sotheby’s à Londres. Je n’ai acheté que des œuvres contemporaines, pratiquement inconnues même des grands collectionneurs : des œuvres magnifiques de Robert Mapplethorpe, Helmut Newton, Irving Penn. Des œuvres qui se sont retrouvées 20 ans plus tard sur les murs du Grand Palais, du Musée Rodin, du MoMA, du Whitney Museum de New-York, de la Tate Modern de Londres…


C’est lors de cette première vente aux enchères que j’ai également trouvé mes premiers collaborateurs : le marchand d’art Harry Lunn, les galeristes Tim Jeffries (Hamilton’s Gallery) et Robert Miller (New-York) m’ont finalement convaincu d’ouvrir une galerie alors que ma principale aspiration était le marché de la photographie d’art. J’étais à l’époque et je reste toujours aujourd’hui fabricant de collections. C’est mon premier métier.


En 1999, Irving Penn me demande d’être son marchand parisien, la fondation Caron me convaint d’être le tireur et représentant du photographe Gilles Caron, la fondation Mapplethorpe me sollicite pour des expositions et, parallèlement, je réalise que je suis devenu directeur artistique de plusieurs grosses collections privées de photographies d’art. J’ai entre les mains tout le potentiel pour plébisciter les artistes que j’ai sélectionnés. Je deviens à cette époque galeriste au même titre que marchand d’art : mon métier de galeriste est de mettre en avant les collections que je constitue et celles que j’aimerais constituer. Il s’agit de l’idée première de la galerie : le lieu d’exposition d’une collection.


Que conseilleriez-vous à quelqu’un qui souhaite réaliser un premier investissement dans l’art ?


Je lui conseille toujours de bien choisir son marchand. Acheter une œuvre d’art, c'est faire non pas une mais des rencontres. Et c’est fondamental que la première acquisition soit une acquisition disons bien encadrée.


Ensuite, l’œuvre, l’artiste, le marchand doivent être à la hauteur de l’attente. L’œuvre doit être cessible, elle doit plaire. L’acquisition va être le point de départ d’un parcours personnel de l’acheteur, comme l'amorce d’une entreprise qui n’a pas encore été menée et que l’acheteur va trouver en même temps qu’il va acquérir l’œuvre.


Le conseil a été fécond quand le collectionneur revient.


Quelle durée minimum de conservation suggérez-vous ?


C’est là que le marchand ré-intervient dans le rapport entre l’acquéreur et l’œuvre. Personne ne peut fixer la temporalité d’une acquisition à l’avance. Il m’est arrivé d’acheter et de revendre des pièces dans la même année avec plus-value, tandis que je possède encore moi-même des pièces que j’ai acquises il y a 20 ans.


Lorsqu’un de mes clients souhaite revendre une pièce qu’il m’a achetée, j’active mon réseau, tout simplement.


Dans une autre mesure, quelles sont les différentes étapes de la constitution d’une collection ? À partir de quel montant est-ce réalisable ?


J’ai une relation de confiance avec mes collectionneurs et de plus, une relation qui est très personnalisée. De fait, j’ai la chance d’avoir des collectionneurs réactifs à mes propositions. Cela ne veut pas dire que toute proposition est acceptée, mais que chaque proposition de ma part fait évoluer d’une manière ou d’une autre la collection que nous sommes en train de constituer.


Pour évaluer la rythmique des acquisitions qui est propre à chaque collectionneur, on peut se référer à mes expositions qui est une forme de démonstration de l’activité de mes collectionneurs, au moins sur les nouvelles propositions.


Les collectionneurs sont très souvent en crescendo dans leur implication. Ils démarrent sur la base d’une proposition du moment puis généralement prennent le temps de souffler, c’est-à-dire de vivre pleinement l’impact de l’acquisition qu’ils ont réalisée. La plupart du temps, leurs acquisitions viennent se caler en deux ou trois ans sur mon rythme d’exposition, à savoir six expositions annuelles rassemblant une douzaine de propositions artistiques différentes.


Note : des investissement spéculatifs sont réalisables à partir de 5 000 EUR. Des investissements plus défensifs, c'est à dire sur des oeuvres créées par des artistes ayant un niveau de reconnaissance suffisant pour permettre de maintenir leurs valeurs au cours du temps, débutent à 50 000 EUR.



Est-il préférable de constituer une collection spécialisée sur un segment, ou de diversifier ses risques avec des œuvres de plusieurs mediums / techniques ?


Mon métier, mon art dans ma vie de galeriste et de marchand d’art, c’est la photographie. C’est un segment particulier de l’art contemporain, mais c’est un segment riche de diversités (dans le médium, la représentation…) et de courants (minimalisme, figuration, abstraction, nouvelle objectivité…).


La cohérence d’une collection peut reposer sur la diversité des médiums ou des courants, mais cette même cohérence peut émerger d’un travail de recherche sur une thématique particulière. Ce qui compte, c'est d’être intelligent dans la démarche et la collection doit apporter une richesse supplémentaire. Dans une collection d’œuvres, le tout ne se réduit pas à la somme de chacune tout simplement parce que l’ensemble doit apporter une plus-value, les œuvres raisonnant entre elles. C’est pour cette raison qu’être fabricant de collection n’équivaut pas à être marchand d’art ou galeriste. C’est encore un métier ou une compétence qui a ses spécificités. Et c’est pour cette raison que je travaille en collaboration avec des galeries partenaires, les salles de ventes et les institutions.


Une collection aboutie, c'est une collection qui équivaut à une exposition muséale ou un catalogue de vente de prestige en salle des ventes. Elle fait date.


Quels sont les artistes que vous surveillez particulièrement à l’heure actuelle ?


Pour le savoir, il suffit de suivre l’actualité de la galerie et son historique. C’est presque une information confidentielle que je ne partage qu’avec mes collectionneurs. C’est notre avantage commun de savoir qu’elle est notre entreprise commune.


Pensez-vous que le marché de l’art contemporain, connaissant une croissance soutenue au cours des dernières années, va continuer sur cette même lancée ?


Oui, oui et oui. Parce que nous sommes nombreux à y travailler et parce que tous les indicateurs sociétaux, politiques, économiques le montrent.


Pourquoi ? Il y a une soif d’art dans de nombreuses entreprises de l’activité humaine. Et cette soif d’art, qui a finalement toujours été omniprésente dans l’aventure humaine, souvent confondue avec l’idée de l’élitisme, est aujourd’hui il me semble pleinement assumée. C’est un changement de vocabulaire finalement, mais aussi une prise de conscience. L’art contemporain donne de la matière à cette prise de conscience. L’image, dans ce processus, a un rôle central, primordial. La photographie en est une sorte d’apogée, un des meilleurs vecteurs. Son invention est destinée à changer le monde : elle le fera.


Quel est le meilleur et le plus mauvais investissement que vous avez réalisé au cours de votre carrière ?


Mon record officiel (réalisé en salle des ventes publiques), je le tiens d’une œuvre d’Irving Penn, le Portrait de Picasso, acheté 13 000 € en 2003 chez Christie’s et vendu 160 000 € en 2017 chez Sotheby’s. C’est une édition de 45. En tout, j’en ai vendu une dizaine à mes collectionneurs. Cette photographie a été l’une des stars de l’exposition du Grand Palais en 2017. Mais mon record en vente privée, également sur une œuvre de Irving Penn, est sans commune mesure avec ce record public. Quand les œuvres se raréfient sur le marché, il peut m’arriver de les chercher durant plusieurs années pour mes collectionneurs. C’est un travail passionnant.


Mon plus mauvais investissement est une énorme déception. J’avais placé 5 photographies de Francesca Woodman auprès d’un de mes collectionneurs. C’était une acquisition importante, au niveau du sens et au niveau du prix d’acquisition qui était très bas. Le collectionneur m’a chargé de revendre l’ensemble dans l’année parce qu’il n’a pas compris l’importance de cette photographe dans sa collection. Il n’a pas vendu à perte, mais 5 ans plus tard, les photographies avaient déjà pris 6 fois leur valeur de départ. C’est anecdotique au niveau financier, c’est beaucoup plus signifiant au niveau de la perte artistique. Donc, mon mauvais investissement était finalement le collectionneur lui-même : il avait dans l’idée de mettre le volume de sa collection en concurrence avec mon expertise, quelque chose comme ça. On sortait des rails.


Avant-Garde Investment développe un réseau de professionnels de l'art pour apporter à ses clients une expertise complémentaire à leur patrimoine.


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