• Kevin Le Nouail

Investir dans les grands crus : entretien avec Thierry Goddet, fondateur de Cavissima.

C'est au travers de partenariats spécifiques qu'Avant-Garde Investment propose des possibilités de diversification du patrimoine. Notre maison vient à ce titre de nouer un partenariat avec Cavissima, leader de l'investissement dans le vin, permettant à nos clients de réaliser de nouveaux investissements alliant plaisir et rendement. Thierry Goddet, fondateur, nous présente son parcours et les éléments saillants de ce marché spécifique.



Est-il possible de présenter votre parcours ?


Je suis un jeune homme de 61 ans et j’ai créé Cavissima en 2009. Avant cela, j’ai travaillé à l’international et j’ai eu la chance de visiter une grande partie des vignobles du monde entier.


Je suis tombé amoureux du vin lorsque, étudiant, j’ai eu la chance de faire les vendanges chez un vigneron talentueux de Meursault, le renommé Jean-François Coche-Dury. Puis j’ai commencé à constituer ma cave personnelle alors que j’étais un jeune cadre parisien. Je me suis malheureusement fait cambrioler deux fois cette cave et ai ainsi perdu mes premiers millésimes, ce qui fut particulièrement douloureux. J’ai ensuite déménagé à Singapour et je me suis dit que le moment était propice pour investir dans des bonnes bouteilles que j’allais faire conserver en France, loin des yeux et de mon tire-bouchon. C’est donc comme cela que je me suis constitué une cave à distance avec une gestion de cave sur un fichier Excel et un stockage sécurisé pour éviter les déconvenues passées.


Lorsque j’ai fondé Cavissima, j’ai ainsi repris cette idée de cave à distance en imaginant des services associés et le mode de fonctionnement souple que pouvait offrir internet. C’était l’époque des premiers services disponibles en ligne. Cavissima allait être la première cave digitale intégrant de nombreux services : la sélection d’un grand sommelier, l’achat des vins, le vieillissement et l’assurance des vins, la gestion de la cave par le sommelier et la livraison. De fil en aiguille mon équipe et moi-même avons développé un service d’investissement en commençant par être négociants en vins jusqu’à obtenir nos agréments AMF (Autorité des Marchés Financiers) en 2019. Aujourd’hui, plus de 100 000 bouteilles sont conservées pour le compte de nos clients dans deux caves ultra-sécurisées, l’une à côté de Beaune et l’autre aux Ports Franc de Genève.


Que conseilleriez-vous à quelqu’un qui souhaite réaliser un premier investissement dans le vin ?


L’investissement dans le vin peut correspondre à deux objectifs : acheter des vins à faire vieillir soit dans une optique de consommation, soit de revente. Cela peut-être les deux à la fois. Si l’on souhaite commencer une cave à boire, je conseille d’acheter au début des vins de Bordeaux, car ils offrent un rapport qualité prix tout à fait intéressant et une aptitude au vieillissement remarquable. Puis, au fil des dégustations, l’amateur de vin se tournera vers des vins de Bourgogne, souvent subtils et des crus de la vallée du Rhône, de Languedoc, de Provence et d’Alsace. Les meilleurs rapports qualité prix se trouvent en Beaujolais et en Loire.


Dans une optique d’investissement financier, nous recommandons de choisir des crus à partir de 70 EUR, de privilégier la liquidité sur le marché considéré et bien sûr la potentielle prise de valeur. À ce titre, les Grands Crus de Bordeaux restent très attractifs et constituent généralement le noyau dur d’une cave d’investissement. Des Châteaux comme Mouton-Rothschild, Figeac ou Calon-Ségur sont des valeurs phares. Nous auditons régulièrement les propriétés les plus prestigieuses pour analyser leur pouvoir d’attraction, leur rayonnement et leur politique de prix. Nous surveillons étroitement l’évolution de la politique commerciale du Château et la liquidité sur les différents marchés. Nous conseillons d’acheter en partie des vins en primeurs, encore en cours d’élevage au Château, mais aussi en partie en bouteilles pour réduire l’exposition au risque.


Les vins de Bourgogne offrent une diversification intéressante car ils sont recherchés. Ce sont des vins de fins connaisseurs et leur liquidité peut s’avérer parfois plus complexe : nous privilégions les Grands Crus comme les Chambertin ou les Musigny et parfois certains Premiers Crus dont le niveau qualitatif est remarquable. Les Chambolle-Musigny 1er Cru les Amoureuses entrent dans notre sélection. Nous intégrons enfin de plus en plus de vins italiens du Piémont ou de Toscane, de la Napa Valley, du Chili et d’Argentine, car ces régions progressent et gagnent des parts de marché.


Quelle durée minimum de conservation suggérez-vous et existe-t-il des différences selon les régions d’origine ?


Il est rare de vendre ses vins trois ans après leur mise en bouteille. La durée de conservation va dépendre d’un certain nombre de facteurs comme la capacité du château à vinifier pour la garde, le terroir et surtout la qualité du millésime. Le millésime 2010 était un grand millésime à Bordeaux mais les tannins, dix ans plus tard, ne sont toujours pas ouverts et il convient d’attendre. Les Grands Crus se bonifient avec le temps (dans des conditions de conservations optimales bien entendu) tandis que les stocks résiduels diminuent progressivement du fait de la consommation. L’offre devient inférieure à la demande ce qui permet de tendre les prix à la hausse et la valeur maximale d’un vin correspond souvent à l’entrée en apogée (moment idéal pour la consommation). Cette période, que nous indiquons sur chacune de nos recommandations, varie selon les régions d’origine mais elle s’étend généralement de 10 à 25 ans. Ainsi, patience est bien mère de vertu pour l’investissement dans le vin. Les clients qui attendent le plus sont ceux qui réalisent généralement les plus belles plus-values.


Dans une autre mesure, quelles sont les différentes étapes de la constitution d’une collection ? À partir de quel montant est-ce réalisable ?


Notre équipe d’expert a identifié les vins pouvant entrer dans l’univers d’investissement considéré, sachant que les cours des Grands Crus progressent de 4 à 8% par an en moyenne sur 20 ans. De la même façon, à l’instar des analystes financiers, nous avons identifié les valeurs de croissance, les pépites, « les values » et les produits à volatilité plus élevée. Cela nous permet de diviser le risque que nous souhaitons faire peser sur ce type d’investissement et proposer à nos clients une cave équilibrée et donc performante. Nous créons toutes les conditions pour qu’une gestion prudente puisse être réalisée sur ce type de placement. Le vin est un produit plaisir, ne l’oublions pas.


La liquidité est l’un des deux critères d’entrée et certainement le plus critique : l’expérience que nous avons accumulée au fil des années permet de sélectionner en ce sens les crus les plus pertinents. Nous nous reposons sur la qualité et la connaissance de nos réseaux ainsi que notre historique de revente.


Nos offres sont accessibles dès 20 000 EUR, le but étant de mettre 3 ou 4 millésimes dans la cave, ce qui représente déjà une belle quantité de bouteilles. Il convient de détenir au moins 7 millésimes différents pour constituer une cave de grande qualité qui offrira une rotation naturelle. Nous recommandons ainsi à nos clients de réinvestir régulièrement, l’investissement dans le vin est une activité à considérer sur le long terme.


Est-il préférable de constituer une collection spécialisée sur un type de vin, millésime ou encore cépage, ou alors faut-il diversifier ses bouteilles ?


Chez Cavissima, nous sommes convaincus qu’il vaut mieux diversifier sa cave avec des vins couvrant un spectre assez large de prix allant de 75 EUR à 500 EUR la bouteille. Posséder des Bordeaux, des Bourgogne et des vins d’autres régions et bien sûr divers millésimes. Détenir des flacons de 75cl et de 150cl. Acheter des grands millésimes et des millésimes intermédiaires pourvu que le prix soit attractif. Cette stratégie permet d’étaler les achats et les reventes dans le temps.


De la même façon, à l’instar des analystes financiers, nous avons identifié les valeurs de croissance, les pépites, « les values » et les produits à volatilité plus élevée.

Quel regard portez-vous sur le marché des Grands Crus à un horizon de 10 ans ?


Je n’ai pas de boule de cristal mais le vin demeure une boisson culturelle dans le monde, il fait partie de l’art de vivre et sa demande ne va pas s’éteindre du fait de son pouvoir plaisir. Le réchauffement climatique ou plutôt le dérèglement climatique est une menace et parfois une opportunité dans certaines régions. La vigne est intelligente et sait s’adapter aux périodes de grandes chaleurs et de fortes précipitations. En 2013 par exemple, l’épisode de pluie a été si sévère à Bordeaux que les vignerons ont commencé à reprendre le chemin des vignes pour apporter un soin minutieux à la plante. Les risques climatiques sont désormais fortement pris en compte et les gestes ont gagné en précision. À Bordeaux toujours, les étés indiens de septembre avec les journées chaudes et des nuits fraîches favorisent la maturité du raisin et permettent de faire émerger des millésimes aux tannins soyeux et encore plus agréables à la dégustation. Les vins sont faciles à boire dans leur jeunesse et conservent malgré tout des potentiels de garde intéressants.


Qu’est-ce qu’un Grand Cru et quels sont vos critères de sélection pour choisir un Grand Cru ?


Le terroir donne naissance au Grand Cru. Un sous-sol, un sol, une exposition, des cépages adaptés et le travail de l’homme constituent la notion de terroir. Bien entendu les vignobles les plus qualitatifs attirent les meilleurs œnologues, c’est un cercle vertueux. Les meilleurs sols sont des argiles, des plateaux calcaires ayant entre 20 et 200 millions d’années. Ils permettent de retenir l’humidité et favorisent l’enracinement. Les grands terroirs ne gèlent que rarement. Les vins de ces terroirs ont davantage de sucrosité, de concentration et sont plus homogènes d’une année sur l’autre. Montrachet en Bourgogne est au sommet de la hiérarchie pour les grands vins blancs de cette région : c’est par ailleurs peut-être le plus grand vin blanc du monde.


Dans notre travail de classification, nous prenons en compte l’évolution des prix au fil des ans, les demandes primaires et secondaires, les notes des critiques, la volatilité, la capacité des dirigeants à positionner leur prix correctement, les aspects environnementaux, la recherche et développement et bien entendu, nous goûtons le vin. L’expérience joue beaucoup en plus des données et de nos critères internes.


Quels sont le meilleur et le plus mauvais investissement que vous avez réalisé au cours de votre carrière ?


Le meilleur est le Château Margaux 2015. Le Château a décidé de faire une bouteille collector dont l’étiquette noire est parée d’or en mémoire de Paul Pontallier, le célébrissime Directeur Général qui a signé avec ce 2015 son dernier millésime. C’est aussi la célébration du 200ème anniversaire du château et c’est aussi une cuvée d’exception avec une note de 100/100 donnée par Neal Martin, critique influent, appelé à succéder à Robert Parker. Dès que le Château a révélé ce nouvel habillage, le prix de la bouteille est passé de 600 EUR à 1500 EUR en quelques mois.


Le plus mauvais est sans doute le Pontet Canet 2012. Nous pensions que les innovations en biodynamie couplées à leur expérience forte créeraient un vin de grande qualité. Le Château s’est toutefois mal positionné dans les années suivantes : la politique de prix était trop arrogante et le prix des bouteilles s’est dévalué.


À titre personnel et sans forcément se concentrer sur un Grand Cru, si vous aviez un vin à conseiller pour son rapport qualité prix ?


J’adore Clos Puy Arnaud : c’est l’un de mes favoris, un Castillon-Côtes de Bordeaux réalisé par l’un des meilleurs wine-maker de la région. Il y a de l’énergie, du fruit, on peut la conserver 10 à 15 sans aucun problème. Plaisir garanti.


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