• Kevin Le Nouail

Anatomie optimiste d'un monde à l'arrêt #2

Mis à jour : mai 3

Deuxième partie : Des blocs régionaux à la microéconomie.


La crise sanitaire actuelle incite à revoir ce qui pouvait paraitre des acquis économiques et financiers. A l'heure du déconfinement partiel européen, suite et fin de l'analyse d'un possible changement de paradigme.



Des dépenses et des dettes


La hausse de l’endettement mondial sera un point majeur de compréhension. Le redressement économique post-2009 s’est fait au prix d’un endettement croissant de la plupart des pays développés. Couplé à une maîtrise partielle des anticipations par les banques centrales, cela nous amène aujourd’hui à un potentiel second mur de dettes futures. Le nécessaire, et bienvenu, soutien des États devrait relancer les débats entre les rigoristes et les accommodants. Nous ne sommes pas apôtres d’une crise de la dette mondiale, rappelant que les taux de rendement restent des constructions mentales rendues tangibles par le rapport offre vs. demande. Or, peu d’éléments laissent envisager que la demande de dettes se fasse beaucoup plus rare dans les futurs portefeuilles des opérateurs ou institutionnels. La prise en compte d’une nouvelle donne est néanmoins possible tant les équilibres pourraient réorienter les flux de liquidités et d’investissements.


Ce concernant, les dépenses extraordinaires à l’œuvre et les déficits publics liés pourraient atteindre ceux rencontrés au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Toutefois, notre situation n’est pas celle de facteurs de production détruits de l’époque. Il s’agit pour nous d’une mise à l’arrêt brutal là où les forces en présence restent intactes bien qu’amoindries. Il serait par ailleurs inexact de considérer les dépenses actuelles d’inspiration purement keynésienne car celles-ci ne peuvent soutenir la demande à court-terme, l’effet multiplicateur est faible si ce n’est nul. Il s’agit là de soutenir des blocs d’offre entiers mis à l’arrêt forcé et de maintenir le tissu économique que la croissance passée a créé. Comment, dès lors, les marchés financiers réagiront, non pas à un laxisme épisodique ou régional, mais à un mouvement mondial de soutien à l’économie ?


Evolution de la balance budgétaire américaine (sources : BEA & Morgan Stanley)



Inflation et banques centrales


Axe décisif de notre modèle Générations, les inflations pourraient également se redessiner. Les afflux colossaux de liquidités depuis 2009 ont mis à mal la théorie monétariste d’une forte hausse des prix en résultant. Il n’est toujours pas certain que l’inflation réapparaisse fortement – notamment en zone Euro à court terme - en raison des anticipations moroses des agents économiques, frein à la consommation par nature. Mais les théories monétaristes ont eu leur véracité passée et les portefeuilles doivent être préparés à l’ensemble des environnements économiques.


Les banques centrales auront enfin vu leur action sous pression ces derniers mois. La Fed a ainsi rejoint le rang des institutions fixant le taux directeur à zéro ou quasi. Quoique la certitude des scénarios doit être laissée de côté, l’accommodation synchronisée des banques centrales sera un sujet – déjà vu – venant probablement se rajouter à la tectonique des plaques pointée plus en amont.


Ces institutions pourraient par ailleurs devoir faire une nouvelle fois montre d’innovations dans leurs décisions et dans les instruments utilisés. Dès lors que les taux sont au plancher, la formidable innovation monétaire devra se remettre en branle afin de garantir au marché des filets de sécurité relatifs tout en maintenant une crédibilité forte - fondamentale dans  l'action des banques centrales. 


Microéconomie de l’innovation


A une échelle encore plus fine, les implications de cet épisode sur nos modes de production et de consommation seront à intégrer. Le travail à distance déjà en essor s’est vu développer à marche forcée dans de nombreuses entreprises. Certains économistes y voient déjà le signe d’une nouvelle donne productiviste. Nous ne parlons pas ici d’une nouvelle révolution technologique mais d’une révolution de la productivité, donc de l’utilisation de la technologie.


Là encore il sera nécessaire d’y voir un potentiel nouveau paradigme, tant les implications pourraient être intéressantes pour la croissance future (la productivité des pays développés stagne depuis plusieurs années) mais aussi pour la formation des prix.


Productivité OCDE : PIB/habitant selon le nombre d'heures travaillées (source : OCDE)

Conclusion : les crises financières sont éphémères mais leurs impacts économiques sont durables.


Les phases de volatilité extrême sur les marchés financiers ne sont pas pléthoriques. Si elles doivent être appréhendées dans la gestion d’un portefeuille, il est surtout nécessaire de s'interroger sur leurs impacts économiques - plus durables - qui peuvent redessiner les paradigmes des marchés. Dès lors, une gestion souple et équilibrée doit être mise en place, afin de faire face à l’ensemble des possibilités et d’en tirer profit.


La robustesse d’une allocation à long-terme est donc ici le point saillant. Le juste équilibre entre les différents actifs que nous proposent le marché ne permet pas d’éviter la moindre perte latente mais de protéger et de faire fructifier plus sereinement le patrimoine de nos clients pour des générations.


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