• Kevin Le Nouail

Anatomie optimiste d'un monde à l'arrêt #1

Mis à jour : mai 3

Première partie : de l'économie mondiale au prisme régional.


A l’heure où la pandémie mondiale continue son triste chemin, il n’est pas question d’évoquer des scénarios fermes ou de pointer déjà une sortie de crise. Force est de dire que les très nombreuses questions qui se posent sont pour l’instant vouées à rester en suspens. Toutefois, les premiers effets économiques et sanitaires sont riches d’enseignements. Dès lors, s’il nous semble impossible d’évoquer avec précisions ce que sera le monde de demain, un nouvel environnement pourrait se faire montre. Comme nous l’avions déjà évoqué dans notre manifeste, l’histoire économique et financière mondiale est jalonnée de changements de paradigme et il convient de les repérer pour s’y investir avec maîtrise. Dessin d’un monde à l’arrêt et de ses potentielles implications pour la gestion d’un portefeuille patrimonial.



La redistribution de l’échiquier mondial


Les forces économiques ont, depuis les années 1980, redistribué les cartes vers une globalisation accrue des moyens de productions (80% des antibiotiques américains sont par exemple produits en Chine), une fragmentation des forces économiques et un nécessaire multilatéralisme dans les relations internationales.


Mais, déjà avant cet épisode sanitaire, les contre-courants à la mondialisation gagnaient en vigueur. Rares sont les démocraties mondialisées qui n’ont pas vu les oppositions nationalistes ou protectionnistes gagner en auditoire. Le Brexit ou les sagas politiques italiennes ont été les exemples les plus frappants en Europe. Aux États-Unis, la mandature du Président D. Trump aura notamment été ponctuée par une guerre commerciale avec la Chine sous fond d’une fin du leadership américain (America First). Chine toujours, les pouvoirs publics sont dorénavant à pied d’œuvre pour passer d’une économie de production exportatrice à une économie de consommation interne puissante et les partages de technologie ne sont toujours pas joints aux propositions commerciales. Évoquons encore les levées de boucliers face à la migration en Europe, le ralentissement des IDE dans le monde... de multiples éléments laissaient donc déjà entendre que la mondialisation avait atteint un premier plateau, sans laisser présager de son devenir en reprise ou non.


Flux des IDE depuis 1990, pays de l’OCDE (source : BCA Research)


Dès lors, la situation actuelle pourrait raviver les débats et poursuivre le mouvement. Beaucoup réclament déjà une relocalisation des productions stratégiques face aux pénuries visibles et au risque de souveraineté. Le formidable essor du tertiaire dans la majorité des économies occidentales laissent dorénavant voir des manquements industriels et la question de la correction reviendra nécessairement. Or, cela ne sera pas sans impact sur le marché financier et sur les potentiels leaders économiques de demain. Les coûts ne sont ainsi pas les mêmes selon que la production se situe à Mumbai ou à Riga. La destruction créatrice sera à regarder sous le prisme des emplois, des coûts, des vigueurs politiques, des prix (...), autant de champs complexes qui modifieront potentiellement le niveau du couple croissance-inflation et qui confirmeront la nécessité d’une allocation équilibrée et résiliente.



Zones économiques : la tombée des digues conceptuelles ou l’opportunité du changement


A l’échelle d’un pays ou d’un bloc de nations, il sera sans doute passionnant de constater le mouvement mais aussi nécessaire de s’y positionner efficacement.

L’Union Européenne pourrait en premier lieu se redessiner. Si nous laissons pour le moment de côté les considérations politiques, constatons que les critères (budgétaires en premier lieu) des traités européens sont déjà partiellement tombés. Bien entendu cela s’entend de manière épisodique, mais la continuité de l’histoire européenne pourrait s’écrire par une redéfinition des engagements de chaque pays, des solidarités et du bloc à constituer face à un monde en mouvement. Accompagnant la nécessaire redéfinition de la politique monétaire européenne (cf. infra), déjà le partenaire allemand laisse entendre de possibles améliorations des mécanismes de protection européens. De là à évoquer de nouveau les dettes mutualisées il ne faut qu’un pas (trop optimiste ?) pour les plus fédéralistes. De plus, que ceux qui craignent la fin potentielle de la zone euro - sans redéfinition de l’union monétaire - aient raison ou tort, un patrimoine investi se doit d’intégrer les possibles.


Outre-Atlantique, cette pandémie - à quelques mois de l’élection présidentielle qui devait couronner une nouvelle fois D. Trump - pourrait réorienter les débats. L’emballement économique des derniers trimestres a été stoppé net, la forme que prendra la reprise est encore inconnue. Par ailleurs, la gestion de crise du Président Trump est déjà sujette à débat (comme celle de la quasi-totalité des gouvernements mondiaux). Les systèmes sociaux sont mis à rude épreuve et le libéralisme économique et social pourrait devoir se corriger. Sous le prisme politique, le débat final entre D. Trump et J. Biden semble redessiné, la réélection du premier non autant acquise. L’anticipation des marchés pourrait alors être froissée d’autant qu’il n’est pas exclu que la guerre commerciale entre les USA et la Chine ne reparte pas de plus belle. Certes, les risques pourraient être grands pour une économie américaine fragilisée, mais la qualification de Virus chinois laisse entendre que la méfiance vis-à-vis de la puissance asiatique est intacte voire renforcée.


Si la baisse du pétrole pèsera également sur l’électorat républicain et l’industrie américaine, elle nous permet également une transition vers les économies du Golfe et d’Amérique du Sud. La pression sur les matières premières est importante et les économies enclavées dans leur rente vont devoir poursuivre ou débuter leur transition. L’Asie aura aussi son lot de questionnements. La transition économique chinoise sera à questionner autant que le système politique, d’autant que le potentiel futur leader mondial se sait interrogé par ses partenaires mondiaux. Et nous n’oublions pas les zones encore exclues de l’essor mondial et où les solidarités sont nécessaires pour faire face. Le moratoire sur les dettes de certains pays pauvres est déjà évoqué mais quelle place pour ces économies dans le futur système ?


Cette épreuve pourrait donc être transformée en opportunité pour de nombreuses économies. Ce nouveau champ économique et ses potentiels sont une preuve non nécessaire que les acquis d’une époque sont friables et qu’une allocation résiliente est un enjeu fort pour les investisseurs.

Flux commerciaux mondiaux en 2019 (Source : Bloomberg)


Les sujets sont donc nombreux autant du point de vue de l'économie mondialisation que des régions économiques. La structure même de cette crise sanitaire est en mesure d'ébranler ce qui pouvait paraitre des acquis. La robustesse des investissements face à ces péripéties - quelles que soient leurs issues - est donc fondamentale.


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